La conquête de l'Algérie en 1830
Occupation restreinte ou conquête ? .
Pendant dix ans (1830-1840), le gouvernement hésite.
Comment l'expliquer ?
- Il faut tenir compte de l'opinion :
- Celle de l' Angleterre fort mécontente de cette ingérence dans sa sphère d'action.
- Louis-Philippe tient à l'amitié anglaise.
- L'incertitude se traduit par les changement fréquent de gouverneurs.
- De 1830 à 1834, on occupe essentiellement les ports de la cote :
Bône, Bougie, Oran, Mostaganem.
- Le reste du pays est laissé sous le contrôle de princes maghrébins sur lesquels la France
espère exercer une suzeraineté,
mais auxquels elle s’affronte bientôt.
Le 4 janvier 1831 , prise d’Oran.
Vue du fort de la Moune prés d'Oran en Août 1831.
En Juillet 1830 :
Le fils du Maréchal de Bourmont
débarque à la tête d'une petite troupe,
au fort de Mers-el-Kébir.
En Décembre, le Général Damrémont occupe définitivement Mers-el-Kébir et arrive à Oran par la montagne.
Ce n'est que le 4 Janvier 1831 que nos soldats font leur entrée dans Oran.
Les Français se trouvent en présence d'une ville divisée en trois parties distinctes, enfermée dans une seule enceinte flanquée de forts.
En 1832, le recensement effectuait par le commissaire du roi Pujol, indique une population de 3 800 habitants :
- 750 européens,
- 250 musulmans
- 2 800 israélites.
Malgré une épouvantable épidémie de choléra en 1849, la ville va se développer rapidement.
L'entrée des troupes françaises à Oran le 4 janvier 1831 donna le signal d'une période d'anarchie.
Le bey d'Oran Hassan, s'était retiré, les tribus de l'intérieur se précipitaient sur les garnisons turques.
Le 27 mars 1832 prise de Bône.
C'est exactement trois semaines après, la prise d'Alger, le 26 juillet, que l'Amiral De Rosamel recevait l'ordre de diriger son escadre sur Bône où elle arrivait le 2 août 1830.
Sans coup férir, les troupes qu'elle transportait, et qui étaient commandées par le Général Damrémont, occupèrent la ville à la grande satisfaction des habitants tout heureux d'être enfin débarrassés de la domination des Turcs.
Malheureusement, la Révolution de Juillet qui venait d'éclater à Paris contraignit le Maréchal de Bourmont à rassembler tous ses effectifs en Alger, afin de les tenir prêts à intervenir, si cela était nécessaire en France.
Les troupes du Général Damrémont abandonnèrent donc, dès le 21 août 1830, la ville où elles venaient à peine de débarquer.
La prise de Bône
Un an après, sur les instantes prières des notables de la ville de Bône,
le Général Berthézène qui avait succédé au Maréchal Clauzel, fit occuper à nouveau la ville par une compagnie de zouaves placée sous le commandement du Commandant Huder et du Capitaine Bigot.
Mais la précarité des forces françaises encouragea les adversaires de la France à fomenter des troubles au cours desquels le Capitaine Bigot fut tué.
Quelques jours plus tard, le Commandant Huder était lâchement assassiné à son tour.
Le 11 octobre 1831, le reste de l'expédition abandonnait, une seconde fois, la ville et repartait pour Alger.
Alors, les troupes du Bey de Constantine, commandées par Agha Benzagouta, tentèrent de s'emparer de Bône.
Les habitants s'opposèrent farouchement au dessein d' Ahmed-Bey.
Celui-ci, exaspéré par cette résistance, mit à mort Agha Benzagouta et le remplaça par Agha Ali Ben-Aïssa.
il décida de les réduire à la famine et effectua un blocus de la ville.
Cet état de choses durait depuis cinq ou six mois, lorsque le Général Savary Duc de Rovigo, qui avait remplacé le Général Berthezène, rendu responsable de la mort du Capitaine Bigot et du Commandant Huder, voulut bien envisager une nouvelle expédition sur Bône.
Il décida d'entreprendre, sans plus tarder, les préparatifs d'une intervention militaire pour répondre au vœu des habitants de Bône.
Il lui était cependant, dans le moment absolument impossible, faute d'effectifs suffisants, d'organiser un Corps Expéditionnaire.
Cependant, pour parer au plus pressé, il décida d'envoyer immédiatement à Bône, le Capitaine d'Armandy qui devrait mettre au service d'Ibrahim-Bey sa science et son expérience pour la défense de la ville et à la disposition de la population affamée des vivres et des denrées qu'il transportait avec lui sur la goélette « La Béarnaise », sur laquelle il devait s'embarquer.
Le 23 janvier, « La Béarnaise » quittait donc Alger pour se rendre à Bône ayant à son bord le Capitaine d'Armandy, le Capitaine Yusuf et remorquant la felouque « Casauba » chargée de vivres.
Le convoi était commandé par le lieutenant de vaisseau Freart.
Cinq jours après, la goélette mouillait dans la baie des Caroubiers où elle devait demeurer tout un long mois sur ses ancres.
Ben-Aïssa ayant appris la présence des deux officiers français décida alors de brusquer les choses.
Par une nuit sans lune du début de mars, grâce à la complicité de soldats de la garnison, il parvint à forcer la Porte er Rabba, ou du Marché, et à faire pénétrer ses troupes dans la ville dont il devint le maître pendant une quinzaine de jours.
Ibrahim demeurait figé dans sa Casbah, refusant toujours obstinément de la livrer.
Le 25 mars, Ben-Aïssa déclara que si, dans les quarante-huit heures qui allaient suivre, la citadelle ne s'était pas rendue à lui, il l'enlèverait, coûte que coûte, de gré ou de force.
C'est ainsi que le 27 mars fut choisi pour tenter l'aventure :
Car c'était bien une aventure que les deux officiers allaient courir. Il leur fallait s'introduire dans la forteresse et en prendre le commandement avant que les troupes de Ben-Aïssa ne vinssent l'investir et sommer Ibrahim de se rendre, ce que celui-ci se serait empressé de faire.
- Le 27 mars, avant l'aube, d'Armandy débarquait avec vingt-six marins de la « Béarnaise » sur la plage.
- Yusuf avait quitté le bord à deux heures du matin pour aller mettre en place le dispositif qui devait permettre à cette petite troupe de pénétrer furtivement dans la citadelle.
Avec l'aide d'un soldat de la garnison qu'il avait su gagner à sa cause, une corde à nœuds avait été fixée à une embrasure de fenêtre, du côté Nord-Est de l'enceinte.
- D'Armandy et ses marins qui formaient un total de trente et un hommes entreprirent leur glorieuse montée, après une courte pause à la fontaine du Prisonnier, la petite troupe parvint sous les murs de la citadelle où Yusuf attendait.
Bône 1832 le départ des troupes de la ville
Immédiatement, les trente et un hommes, s'aidant de la corde à nœuds en place, grimpèrent
et pénétrèrent l'un après l'autre, dans la cour intérieure du Fort où ils se rangèrent en bon ordre silencieusement.
Puis, lorsqu'ils furent tous rassemblés et bien alignés sur deux rangs, Yusuf alerta la garnison qui dormait encore.
Les soldats Turcs, pourtant quatre fois plus nombreux, furent littéralement affolés en voyant ces occupants inattendus, si calmes et si décidés. Ils n'esquissèrent pas le plus petit mouvement de défense ou de révolte.
-
Yusuf profita de leur complet ahurissement pour s'imposer à eux :
- Leur parlant dans leur langue, il leur commanda de se mettre en rang,
face aux marins de « La Béarnaise ».
- Il leur dit que désormais la Casbah était française,
- Qu'on allait y arborer le pavillon français,
- que la garnison passait, à compter de ce jour, à la solde de la France.
-
L'Enseigne de Cornulier-Lucinière, qui faisait partie de la petite troupe, termine le récit qu'il fit des événements qui viennent d'être résumés, par ces lignes :
« Nous nous rendîmes au balcon du Pavillon au-dessus de l'unique porte de la Casbah,
le drapeau Turc qui y flottait fut amené et remplacé par celui de la France.
Ce changement fut salué d'un coup de canon à boulet ».
-
Le boulet de canon qui avait salué le drapeau de la France était passé en sifflant sur la ville pour aller tomber dans le camp des troupes de Ben-Aïssa, Il avait suffi pour faire comprendre à celui-ci que la situation venait de changer et qu'il devait renoncer à tout espoir de s'emparer de la Casbah et , de garder la ville.
Il décida donc immédiatement de décamper et de se retirer vers Constantine.
Mais avant de partir :
- il incendia la ville en grande partie
- Il fit razzier les troupeaux dans les plaines environnantes par sa cavalerie.
Le 28 mars, le Capitaine d'Armandy adressa au Général en Chef, Le Duc de Rovigo,
ce simple et noble compte rendu :
« Général,
Nous sommes entrés dans la Citadelle de Bône, à la tête de trente marins de « La Béarnaise ».
Nous avons pour auxiliaires cent-trente Turcs, dont un grand nombre nous exècre,
Nous avons pour ennemis, les cinq mille hommes de Ben-Aïssa.
Mais, nous n'en saurons pas moins conserver la Citadelle à la France, ou y mourir ».
Le Maréchal Soult, Ministre de la Guerre, en annonçant à la Chambre des Députés, la prise de Bône
avait donc bien raison de dire :
« C'est le plus beau fait d'armes du siècle ».
le 29 septembre 1833 , prise de Bougie.
L'expédition de Bougie, organisée à Toulon, est partie de ce port le 22 septembre 1833.
- Sous les ordres du général Trézel et de M. le capitaine de frégate de Perseval, commandant la flottille.
- Elle arriva le 22, à la pointe du jour sur la rade de Bougie :
- Le défaut du vent, et la nécessité de ne s'avancer qu'en sondant pour choisir les points d'embossage,
- Donnèrent le temps aux habitants de la ville qui occupaient les forts,
- et aux Kabaïles des environs, de se préparer à la résistance.
- Les cinq forts tirèrent presque en même temps sur la flottille.
Mais le feu de nos bâtiments, par sa vigueur et sa précision, eut bientôt éteint presque entièrement
celui des forts.
La prise de Bougie
A dix heures du matin, les troupes furent remorquées sur le rivage, à leur approche, un feu de mousqueterie atteignit les premières chaloupes, plusieurs militaires furent grièvement blessés.
- La troupe se dirigea sur le fort d'Abd-el-Kader,
- Le général Trézel suivait immédiatement les premières chaloupes, pour diriger les colonnes.
Mais en prenant la terre, il trouva les troupes déjà lancées par leurs officiers vers une hauteur.
-
Le capitaine Lamoricière déjà engagé, dans les sinuosités qui conduisent à la Casbah et au fort Moussa.
- Le général Trézel monta vers ce dernier fort qui domine toute la ville, et dont la possession était extrêmement urgente, avec les premières troupes qui débarquèrent après lui.
Au moment où il y parvint, les capitaines Lamoricière et
Saint Germain s'en étaient déjà emparés .
Le soir, on comptait une vingtaine d'hommes tués et environ 50 blessés.
Le 30 septembre 1833.
A la pointe du jour, le général Trézel visita les postes de la partie gauche, inquiétés par les Kabaïles embusqués dans quelques groupes de maisons, il les fit renforcer par une pièce d'artillerie du fort Moussa..
Cette pièce, escortée par une compagnie d'infanterie, fût arrêtée un moment par le feu des Kabaïles, mais le capitaine Gibert courut sur l'ennemi avec une partie de sa compagnie, le mit en fuite.
Des chaloupes furent employées à balayer la côte de l'ouest, par laquelle arrivaient continuellement des combattants Kabaïles qui avaient établi un camp près d'une tour en pierre, située à une demi-lieue de distance de la ville.
Le 1er octobre 1833.
Dans la matinée, les Kabaïles firent une attaque fort vive sur les parties faibles de nos positions.
- Le général Trézel s'y porta sur le champ, et ordonna de faire sortir du fort Moussa une colonne
qui prit l'ennemi à revers.
- Une deuxieme colonne se posta vers la tête du grand ravin qui coupe la ville en deux.
- Le capitaine Lamoricière parvint à s'emparer, avec ses deux compagnies, d'un marabout situé
à la tête du ravin.
- Malgré le feu de l'artillerie de la Casbah, du fort Moussa et d'une batterie de deux obusiers de montagne
les Kabaïles maintenaient jusqu'à ce qu'on les eût atteints ou dépassés.
Leur perte a été considérable, à en juger par le nombre des leurs restés sur la place,
ils ont dû avoir 200 morts et au moins autant de blessés.
Les combattants étaient fournis par huit tribus, savoir :
- Mazeya,
- Toudja,
- Beni-lsmaël,
- Kebouch,
- Ouled-Amzalis,
- Fenaya et
- Bakorn.
La marine a combattu avec les troupes de terre
Nous avons à regretter dans ce combat, six hommes tués et 43 blessés, parmi lesquels
trois officiers, MM. Amiot, Vuillet, Poncet.
Le général Trézel a été atteint d'une balle à la jambe, mais assez légèrement pour avoir pu continuer
de monter et descendre les hauteurs sur lesquelles l'action s'est passée.
Le 2 octobre 1833.
Les Kabaïles avaient conservé leur position près de la tour en pierre, à demi-lieue de la ville.
-
Le colonel Petit-d'Auterive s'établit dans la nuit, avec ses troupes dans les ruines
de l'ancienne enceinte de la place.
- Le capitaine de Lamoricière fit
exécuter par un détachement de sapeurs, les ouvrages
nécessaires à la défense.
Cela fut fait avec tant de diligence que, dès le matin, tout le monde
était à couvert, et que l'ennemi ne pouvait plus franchir les ruines.
- L'artillerie fit également, dans la nuit, un bon retranchement pour défiler la batterie de
la hauteur de Bridja, de la vue que l'ennemi conservait sur ce point.
La prise de Bougie.
-
Les Kabaïles ne revinrent pas en aussi grand nombre ni avec la même fureur que la veille.
Ils étaient environ 1.500 à 2.000 hommes.
Ils se bornèrent à entretenir un feu de mousqueterie des points où ils se trouvaient encore en sûreté, et d'où ils découvraient nos batteries et nos postes.
- Vers sept heures du matin, les Kabaïles ayant tiré quelques coups de canon de la batterie dite :
Borje-el-Hommar, située au nord-est et à l'extrémité de la ville.
- On les en délogea.
Le général Trézel envoya une vingtaine de marins achever d'enclouer ou de jeter en bas les deux pièces qui étaient restées sur ce point, une heure après, ils étaient rentrés ayant exécuté cet ordre.
- Le capitaine de Lamoricière et le lieutenant du génie Mangin poussent les ouvrages de défense du côté de l'ouest.
- Dès lors tout espoir de rentrer à Bougie est enlevé aux Kabaïles, qui tenaient cette ville sous leur rude domination.
Ainsi se trouve assurée la conquête de ce point important, comme débouché de commerce intermédiaire entre Bône et Alger, et comme le meilleur mouillage de la côte d'Afrique.
Le capitaine de frégate de Parseval, commandant la marine de l'expédition, a puissamment contribué a ce brillant succès, par les excellentes dispositions qu'il a prises, et par la coopération de tous ses bâtiments et de leurs équipages.
Dubourdieu sur le Cygne se distingue durant l’opération
Malgré la résistance farouche des Kabyles, la ville, attaquée par la mer, est conquise.
Retour sommaire conquête de l'Algérie